Le père avait décidé d’aller à la pointe du cap voir l’océan. Difficile de lui faire changer d’avis. Ça me fera du bien le grand air.
A force de conduire son pied avait gonflé. Sa chaussure se dérobe.
Il perds la chaussure, le pieds de l’accélérateur. Je vois son pieds énorme, difforme,
— Tu ne m’avais pas dit que tu avais un pied-bot ?
— Ce sont ces foutues chaussures anglaises qui me détruisent les pieds.
— Tes chaussettes en laine, ta veste en tweed en plein été, tu es sûr ? La chaleur est étouffante, enlève tout de même ta veste.
— Il faut rester digne tant pis s’il fait chaud.
Ses lunettes de traviole, graisseuses. Il ne prends plus la peine de les nettoyer.
Il demeure dans un brouillard permanent.
Il rampe sur la plage, veut goûter l’eau de mer salée.
— Je vais t’en chercher dans le creux de ma main.
— Ce n’est pas pareil, je ne suis pas arrivé jusque-là pour renoncer maintenant.
Ses poings s’enfoncent dans le sable, il avance, rampe comme un animal.
Il plonge sa tête, se laisse submerger par les vagues, il s’enivre d’embruns, d’iode. J’ai envie de l’imiter mais je ne le fais pas.
— Rentrons maintenant. Comment s’appelle ton hôtel ?
— Le Relais quelque chose.
— C’est vague.
Nous cherchons sur internet des relais partout : Relais Magenta, Relais Odéon, Médicis…
— Comment il s’appelle alors ton hôtel. Ça te reviens ?
— J’ai oublié.
— Enfin tu descends toujours au même endroit depuis des années, tu ne te souviens pas ?Pourquoi tous ces foutus endroits s’appellent Relais ?
— Relais Saint-Sulpice, je crois.
Je les appelle. Ça sonne. On décroche.
— Bonjour, je dois ramener mon père nous ne trouvons pas l’hôtel.
— Votre nom ?
— De Santa Coloma
— Heureux de vous entendre je suis le Dr. Lampedusa,
— Pardon ? Oui, c’est bien moi.
— Mais, vous travaillez à l’hôtel ?
— L’hôtel est aussi mon cabinet, les chambres sont à demeure pour mes patients les plus fidèles. Je prends le standard pour me changer les idées, ça me vide la tête. Vous comprenez ? Avec tout ce que j’entends, se vider la tête c’est vital.
— Alors, nous rentrons. Quel-est le chemin ?
— Enfin, Monsieur, cela des années que vous venez vous et votre père et vous ne vous souvenez vraiment pas ?
— Non, et mon père non plus.
— Ça va vous revenir, concentrez vous, je vous attends. D’une manière autoritaire il raccroche.
Je conduis. Mon père s’endort à coté de moi comme un enfant.
